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La vie à deux en 2 CV !

Au lendemain de leurs noces, début septembre 1962, mes tourtereaux préférés entament une nouvelle vie de transition, celle d’un couple SDF, sans domicile fixe qui part en voyage de noces ! En effet, ils emménagent, tels des gens du voyage, dans une maison mobile “mobil home”, à l’intérieur carrossé !

Outre mes quatre roues, mon volant et ma jolie forme sympathique, ils se contenteront de mes sièges avant, à peu près confortables pour les accueillir. Malgré ces bonnes dispositions, ils me dotent néanmoins d’options intéressantes : du matériel de camping pour les repas ainsi qu’un couchage plus douillet : deux matelas gonflables. Le tout est entassé dans mon coffre et jusque sur ma banquette arrière.

En voyage de noces avec “Tinette”

L’équipement du parfait petit scout comprend aussi : un réchaud à gaz, un ensemble de gamelles pour deux, une “glacière”, ou plutôt une boîte isotherme susceptible de contenir un quart de pain de glace ! Après notre tour de France de chantier en chantier, me voilà désignée volontaire pour suivre la route jusqu’à Dakar où le travail les attend impérativement le 1er octobre…

Allez Tinette, va falloir assurer ! Pas question de leur faire le coup de la panne ! Ansauvillers-Dakar, ça fait plus de 5 500 km à parcourir en moins d’un mois…

Prudents, mes passagers, ont planifié leur périple avant le départ et jalonné leur voyage de noces de divers points de contrôle : des villes en Espagne et au Maroc dotées de boîte postale. En outre, au cas où des événements leur interdiraient l’accès au territoire contesté du “Rio de Oro” en bordure des sables mauritaniens, ils ont réservé une traversée sur “l’Ancerville”, le nouveau paquebot de la compagnie Paquet, dont le départ est prévu de Casablanca, le 24 septembre. La bonne organisation prévoit dans ce cas-là d’être à Casablanca dès le 22 au soir.

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Cordoue, la “poêle à frire”

Le moteur coupé, un seul pied dehors suffit à persuader mes voyageurs que “Cordoue la poêle à frire” est la bien nommée ! Nous prenons quartier dans un nouveau Parador, en hauteur, un peu à l’écart, de classe internationale au goût anglais, mais sans charme. La cité qui a vu naître Sénèque est la plus arabe des villes d’Espagne. Le philosophe musulman Avenoès contribue également à sa renommée. Elle surplombe le fleuve Guadalquivir et rayonne sur le nord de l’Andalousie.

Après le déjeuner, dans une sorte de grand fumoir, pièce attenante à la salle de restaurant, Robert sombre dans une sieste sonore, le bec entrouvert, installé au coin d’un grand canapé de cuir… Béat, il attire néanmoins les regards réprobateurs de ces dames qui prennent le café tandis que dans la pupille de leurs époux, on sent briller l’envie d’en faire autant… Bienheureux celui qui a osé !

Une pompe à bras

Dehors, je ne suis pas à l’abri des heures les plus torrides et sens presque mes plastiques et mes pneumatiques fondre ! Heureusement, revoilà mes deux compères, nous reprenons la route en direction de la ville : la poste restante d’abord, mais Monique est encore déçue, toujours pas de nouvelles d’Ansauvillers… Plus loin, au milieu de la grande ville : une seule pompe pour me ravitailler, une pompe à bras, maniée par un petit vieux à la voix chevrotante. Quelle soif !

Rassasiée, me voilà prête à me lancer à l’assaut des ruelles étroites et biscornues dans le labyrinthe de Cordoue pour trouver la mosquée-cathédrale ! Un jeune garçon à vélo m’ouvre la voie, à toutes pédales, il nous guide dans le dédale des “callejas” au sol empierré… Je saute, manque de rebondir contre l’angle d’un mur et d’érafler ma belle peinture le long d’une rangée de pots de fleurs ! Quelle frayeur, mais je suis intacte et mes passagers ravis de découvrir ces nouvelles merveilles. Partout c’est beau. Même l’artisanat : les cuirs et les bijoux en argent “y las niñas” de 3 ou 4 ans qui miment les danses espagnoles devant les touristes amusés.

À court de glace et victuailles

Il est temps de songer à la suite du voyage en direction de Séville. Il a fait 44° C à l’ombre aujourd’hui, paraît-il et mes passagers sont à secs. Avant de songer à faire le plein de la glacière, il convient de trouver du froid, de la glace. Mais où donc est la fabrique ? Petit à petit, me voilà entourée d’une nuée de gamins enthousiastes qui me poussent et m’acclament, ils nous conduisent devant la fabrique qui vient tout juste de fermer… Heureusement, le gérant accepte de remplir le minuscule récipient que lui tend Monique qui revient victorieuse. La horde joyeuse indique maintenant où trouver des vivres pour mes locataires. Une “tía” propose des yaourts, du pain et des petits biscuits, délicieux et bourratifs, paraît-il.

Débute alors un échange à la fois culturel et amical. Une jeune fille de 14-15 ans qui commence à apprendre le français semble ravie d’essayer de traduire ce que les jeunes espagnols brûlent d’impatience de demander à ce couple de Français ! Des mots sans importance, des phrases à peine comprises, mais l’essentiel est là.

Zébrures saisissantes entre Cordoue et Séville

Au volant, Robert fonce vers Séville. Tout à coup, il décide de s’arrêter à Ecija. L’orage éclate et le spectacle est saisissant. Malgré les zébrures qui fendent le ciel à intervalles presque réguliers, mon chauffeur m’incite à repartir. Dans mes phares à travers la pluie, un petit hôtel routier est encore allumé. Il fera l’affaire pour la nuit. Ce n’est pas le luxe, mais c’est propre. Nous repartons de Carmona dans la fraîcheur du matin de ce 14 septembre.

La magnifique Andalouse

Séville, la grande andalouse où se conjuguent richesses du passé et modernité, nous souhaite un bon jour. La ville aux quatre ponts qui symbolisent les quatre provinces : Navarre, Castille, Léon et Aragon, est le point de départ du célèbre conquistador Christophe Colomb.

Et tels des conquistadors, mes passagers abandonnent un temps et à l’ombre, leur Tinette préférée pour un tour de ville en fiacre. Ruelles enrubannées d’enseignes en fer forgé, portails en mosaïques aux couleurs vives, le quartier Santa Cruz, les patios, le parc Maria Luisa, l’Alcazar côté jardin, le port de commerce sur les rives du Guadalquivir, les quais, la Torre del Oro (la Tour de l’Or) et la cathédrale, le plus grand édifice gothique d’Espagne bâtie sur les ruines d’une mosquée arabe… So romantic ! La chaleur est accablante et Robert en profite pour se procurer un éventail salvateur.

Le soleil est à son zénith quand mes amoureux décident de reprendre la route pour fuir cette étuve. Direction, le sud, toujours et encore.

“La belle aux yeux de velours”

Cadix, face au Maroc, est atteinte aux premières fraîcheurs. Deux lettres attendent Robert à la poste, l’une, fidèle, vient de Nevers, l’autre de Dakar : Air France confirme qu’il est attendu… Sur le port, les tourtereaux goûtent à la spécialité locale : « el pescado frito », la petite friture. Après une nuit à l’hôtel Atlantico, nous démarrons dès le début de la matinée en direction de Gibraltar.

Un rocher face à l’Afrique

Mon itinéraire longe la côte, je roule à travers des paysages secs et sauvages d’une rare beauté. La montagne d’un côté, la mer de l’autre. Celle-ci offre une perspective infinie et la seule tâche de couleur vive de cette région brûlée à blanc par le soleil. Après le passage des douanes espagnole et anglaise, nous voilà sur « Le Rocher », Gibraltar. Cosmopolite, presque nordique, la ville est très curieuse, toutes les langues se mêlent à chaque coin de rue. Ici, plus qu’ailleurs, chaque brin de terre est utilisé à son maximum. Tout semble entassé: les rues, les bâtiments, les magasins, les casernes, l’aérodrome, le port… Je grimpe sans encombre en haut du rocher et là, juste en face, c’est l’Afrique. Je redescends pour me faufiler dans la queue. Nous devons patienter plus de 4 heures sous le soleil avant l’embarquement. Bénie soit la glacière pensent mes passagers !

Par delà les Colonnes d’Hercule, Tanger

Avec bien du retard – ce qui n’a rien d’exceptionnel – les colonnes d’Hercule, ainsi qu’est dénommé le détroit, nous ouvre la voie vers un nouveau monde, un autre continent. Je ne roule plus, je navigue… Et c’est la première fois !

Ça y est, j’ai posé mes roues en Afrique ! La douane m’ausculte de tous côtés, tandis que des camelots enturbannés passent entre les files d’automobiles pour tenter les voyageurs.

–  Madame, regarde mes belles tortues-guitare, tu en veux ?

–  Monsieur, donne-moi 10 dirhams ou 100 francs, comme tu veux, j’accepte tout… Madame veut une tortue !

Ils proposent des cigarettes et distribuent des réclames en djellabas multicolores. Bonjour Tanger, bonjour l’Afrique !

Rapatriement : les enfants d’abord

Dans les mois qui suivent le cessez-le-feu, c’est la débandade, l’exode aussi. Un million de pieds noirs fuient le pays, laissant tous leurs biens sur place. Il faut organiser le rapatriement et la logistique est bien insuffisante. À partir d’avril, les CFJA étant dissous, je suis affecté avec d’autres moniteurs de sport à Alger à cette logistique de rapatriement. Nous devons convaincre les familles de nous laisser prendre en charge leurs enfants de moins de 15 ans. Ils se trouvent dans le port avec leurs parents en attendant de trouver une place dans un bateau pour Marseille. Ils restent à quai pendant parfois quinze jours, voire plus ! J’ai longtemps gardé en mémoire la vision de cette cohue immense remplissant le port d’Alger en ce printemps 1962. Je revois aujourd’hui encore, toutes ces familles hébétées sur les quais, assises sur quelques rares bagages qu’elles ont réussi à sauver. Enfants et vieillards tombent de fatigue. On lit l’immense détresse dans leurs yeux. Ces pauvres gens laissent sur place toute leur histoire quand ce n’est pas des membres de leur famille qui désirent rester en Algérie pour ne pas abandonner leurs morts…

Nous devons convaincre ces familles de nous laisser prendre en charge leurs enfants. Ensuite, nous les embarquons par centaines dans des Bréguets® deux ponts, des énormes quadrimoteurs spécialement aménagés pour la circonstance. La traversée dure deux heures et mon baptême de l’air se prolonge pendant près d’un mois.

À Marseille, les enfants rapatriés en avion sont alors confiés à plusieurs ONG qui se trouvent là en renfort. Il y a notamment la Croix-Rouge qui les héberge dans un centre de transit en attendant que leur famille vienne les récupérer, quelques jours ou quelques semaines plus tard.

Un million de pieds-noirs rejoignent ainsi le continent. Ils débarquent tous à Marseille en l’espace de six mois et sont très mal accueillis par une population qui les considère tous comme des colons. À mon retour, j’ai de sévères discussions avec mes amis à ce sujet. Beaucoup se sentent envahis. On entend des phrases lourdes de conséquences :

–  Ils vont nous prendre notre travail…

–  Ça va faire monter les prix…

Il faut quand même l’avoir vécu pour se faire une opinion. Ceux qui débarquent ont tout perdu, ils ont tout laissé là-bas. Ils n’ont plus rien qu’une valise et des souvenirs. Seuls quelques nantis n’ont pas laissé trop de plumes. Ceux qui sont rentrés bien avant l’issue de la guerre…

À chaque voyage aller-retour à Marseille, j’espère toujours me faire oublier… Et ne pas repartir là-bas. Mais non, cela n’arrive pas… Il faut rapatrier tout le monde et quand ce rapatriement des enfants est terminé, nous sommes trimballés de camp en camp, réintégrés dans un régiment dont je ne me souviens plus l’arme. En qualité de moniteur de sport, je fais faire du sport à mes potes bidasses tous les matins. Il faut bien passer le temps… En Algérie, on nous met gentiment à la porte. Les nouvelles autorités ont négocié le retrait de tous les militaires français le plus rapidement possible. Ce sera le cas de mon régiment en décembre 1962… Mais avant cela, je pars quand même en permission, en octobre ou novembre. Je sais que j’ai droit à une bonne quinzaine de jours, mais je fais le mort. J’espère ainsi retarder le plus possible mon départ pour ne pas avoir à revenir… Mais un jour, on m’oblige à prendre cette permission. Je tente tout pour ne pas repartir. J’invoque même une faiblesse pulmonaire et bien d’autres maux. Je vais jusqu’à passer des examens dans un service médical des armées de Lyon… En vain ! Contraint et forcé d’y retourner, j’organise mon retour par les airs. J’ai pris goût à l’avion…

La quille enfin !

Début décembre, mon régiment, soit environ 800 appelés est transféré dans le port de Bône, aujourd’hui appelé Annaba. Nous devons vivre pendant cinq jours dans un train qui ne circule pas de nuit. Avant d’être cantonnés dans un centre de transit en attendant nos places sur un bateau. Nous devons tuer le temps pendant trois semaines avant de rentrer en métropole. C’est assez difficile de rapatrier tous ces bidasses en même temps, les structures en France ne suivent pas…

Finalement, tout mon régiment est rapatrié dans la nuit du jour de l’an entre 1962 et 1963. J’ai donc à nouveau passé le nouvel an sur un bateau, mais pour revenir du “bon” côté de la Méditerranée cette fois et définitivement ! Après une longue nuit de bateau, nous restons une journée dans la gare Saint-Charles de Marseille avant de partir en direction du nord. Sans avoir aucune idée de notre destination finale. Ce n’est qu’après une nouvelle longue nuit de train que nous découvrons enfin notre énième casernement : Lure en Haute-Saône, ville historique de garnison. Notre casernement est tout aussi historique et doit bien dater du XIXe! Heureusement, je n’ai pas à attendre trop longtemps ma libération. D’après mes documents militaires, il me reste une quinzaine de jours tout au plus, avant la quille !

Et toi hein, à quoi tu sers ?

Papa était jurassien, horloger, tailleur de diamants, réparateur de radios TSF, d’appareils photo et de toutes sortes d’objets très complexes. Maman a élevé huit enfants dont une infirme, elle était auvergnate et bourguignonne. Je me prénomme Gérard, Raymond Colin, troisième né et premier garçon de la fratrie. Maman disait souvent, quand elle était épuisée par le labeur : « C’est à force de gratter des parquets que j’ai pu élever ma progéniture… » La vie n’a pas été de tout repos pour notre grande tribu, mais maman et papa nous aimaient.

Très tôt passionné par la technique, j’ai eu soif d’apprendre tout au long de mon parcours. Les aléas ont fait que sans cesse, j’ai dû recommencer à faire mes preuves dans divers mondes professionnels. De simple ouvrier à directeur, d’enseignant à ingénieur en passant par le management, j’ai exercé une multitude de métiers et occupé cinquante-huit emplois déclarés… Après une longue traversée du désert de trois ans de chômage – entre 1991 et 1994 – j’ai connu la précarité professionnelle avant de trouver “ma” place et de subir la maladie…

Toujours prompt à rebondir, j’ai gardé sans cesse allumée la petite flamme qui est en moi. Éclats de rires et larmes de désespoir ont été ma nourriture quotidienne durant cette période noire. Mais je crois toujours naïvement que la roue tourne, qu’il y a pire ailleurs, que la bonté et la gentillesse des uns font oublier – un peu – la méchanceté des autres… Et je voue une confiance éternelle en l’avenir.

Voici donc, mon histoire… Gérard Raymond Colin

Chapitre 1
De la petite enfance à l’indépendance

À quoi rêve un petit garçon de 5 ans ? Je suis le troisième enfant et le premier fils d’un horloger diamantaire. Notre famille compte déjà cinq enfants quand je souffle mes cinq bougies et elle va en compter trois de plus. Les gens pensent que nous sommes riches. Il n’en est rien. Seul le propriétaire de l’horlogerie peut prétendre l’être. Mon père, lui, se contente de tailler des diamants… Mes parents nous adorent : leurs enfants sont tout pour eux. Ils mettent un point d’honneur à nous habiller très bien. Nous sommes toujours propres, bien nets, bien mis avec de beaux habits. Mais ce n’est qu’apparence, mes parents trichent… Je me souviens que ma mère porte une belle gourmette en or, pour assurer le “statut”. Mais le soir venu, nous n’avons qu’un bol de chocolat pour dîner et c’est tout. Papa travaille chez un horloger et nous bénéficions d’un logement de fonction, en ville. Mais notre famille est plus pauvre que celle d’un ouvrier. Nous habitons au numéro 16 de la rue Edme Piot à Montbard, en Côte d’Or, au cœur de la Bourgogne.

Un jour de 1955, j’ai à peu près cinq ans, mon père s’adresse à moi. Ma grande sœur Annette qui a huit ans est à côté de lui. Il me demande de monter sur sa mobylette…

– Viens Gé’, monte ! Je t’emmène en vacances ! Nous partons dans l’Yonne…

Dans ma tête d’enfant peu gâté, j’ai l’impression de rêver éveillé : partir en vacances, jouer, profiter de l’été… J’ai sans doute mal interprété ses intentions. Parce qu’en fait de vacances, je me suis retrouvé dans une ferme, à Ravières, pour «donner un coup de main». Avec Annette, nous allons passer les vacances dans cette ferme pour soulager notre famille en lui permettant de ne pas nourrir toutes les bouches.

Annette est l’aînée, je suis le troisième et entre nous, il y a Éliane. Elle a été un beau bébé en pleine forme notre sœur, mais à trois jours à peine, elle a contracté une encéphalite qui l’a laissée handicapée, à vie. Voilà pourquoi elle reste avec nos parents.

Du ramassage de crottin au brossage des baudets

Dans cette ferme à Ravières, on m’attribue des tâches quotidiennes. Je dois ramasser le crottin des chevaux pour servir d’engrais dans les jardins. Je dois nettoyer et brosser les baudets et surtout, je suis tenu d’obéir. En fait, j’ai à peine cinq ans et je viens d’entrer dans la vie “active”…

Le labeur est rude, mais je suis quand même bien nourri. À part le foie que je n’apprécie guère… Une fois d’ailleurs, je l’ai balancé par terre et les poules se sont battues pour becqueter le morceau à ma place… J’ai pris une belle raclée et on m’a envoyé au lit immédiatement. Malheureusement, j’ai le malheur de pisser au lit. Pour me punir, la fermière, une espèce de femme à barbe qui me terrifie, m’attache aux barreaux du lit et me “pouitre” ! (Ce mot d’argot local s’emploie surtout à l’oral, il peut être assez difficile de le trouver dans un dictionnaire, alors en voici la définition : cela signifie qu’elle baisse mon pyjama pour me pincer les fesses sans arrêt.)

Heureusement, ma grande sœur est là pour veiller sur moi… Annette réussit un soir à se sauver pour téléphoner à la maison depuis chez les voisins. Et mes parents, alertés, sont venus me reprendre… Je lui dois une fière chandelle et ne la remercierais jamais assez pour ce qu’elle a fait pour moi. J’étais si petit… Grâce à elle, on m’a ramené au bercail. Et c’est seulement maintenant, des années après, que ma chère frangine m’apprend comment elle a été sévèrement punie de m’avoir fait ramener à la maison… Le soir même de mon départ, elle a été enfermée toute la nuit dans le poulailler. Pour tenir le coup et repousser sa peur, elle a parlé aux poules… Les seules réponses qu’elle entendait étaient les “cot, cot, coot”, mais ce bruit familier l’a rassurée et lui a évité de paniquer. C’était quand même une drôle d’époque… Le lendemain, elle a refusé de ramasser le crottin à ma place ! Ah, ma frangine avait du caractère et du haut de ses huit ans, elle n’a pas cédé malgré la nuit qu’elle venait d’endurer… Une sacrée petite bonne femme déjà ! Et je dois reconnaître qu’elle a toujours gardé ce foutu caractère et qu’elle n’a presque jamais cédé. En tout cas cette histoire nous a rapprochés et malgré nos vies et la distance, nous sommes restés soudés. Aujourd’hui, cinquante-cinq années après cette mésaventure enfantine, je la remercie encore avec d’autant plus de conviction que j’en ignorais le dernier développement.

(…/…)

À 15 ans, nouveau job d’été : toujours à une bonne vingtaine de kilomètres de la maison, à Alise-Sainte-Reine, dans une ferme. Une ferme, encore. J’éprouve quelques appréhensions depuis l’expérience de mes cinq ans, mais je n’ai pas le choix. Et comme je le crains : c’est l’apothéose. Je commets les pires erreurs que l’on puisse imaginer de la part d’un gamin un peu naïf, élevé à la ville. Je me déplace toujours sur mon vieux vélo et je reste deux mois dans cette ferme, mais ces deux mois-là ont réellement été incroyables !

Un été épique à la ferme !

Je vis sur place et dois me lever tous les matins à 4 heures. Pas facile, d’autant que je ne possède pas même un réveil : le comble pour un fils d’horloger ! Mais bon, les pintades se chargent aisément de l’affaire… Le fermier est un grand sec, très travailleur. Je ne l’ai connu qu’en bleu de travail. Il vit avec sa femme et ses enfants, mais n’emploie pas d’ouvrier agricole. Je suis rapidement assigné à la traite des treize vaches, à la main. Il n’y a pas de machine. Le pouce à l’endroit ou le pouce à l’envers ? Débrouille-toi ! Je dois aussi ramasser le fumier, aider à faire les foins, et alors moi, avec une fourche et une botte de paille haute densité, ce n’est pas gagné… et avec la frousse des serpents par-dessus le marché…

On me demande aussi de couper les orties et les chardons, de réparer les barbelés et boucher les trous des sacs à patates… Je me souviendrai toute ma vie de cette période, j’ai vécu tellement d’anecdotes croustillantes qu’il me serait impossible de les oublier…

– Gérard, va ramasser les œufs !

J’y vais de bon cœur, je ramasse tout en poussant les poules s’il le faut… Un jour, un Parisien revient à la ferme en disant qu’il y avait un poussin dans son œuf… Je me suis pris une de ces branlées ! La première d’une longue liste. J’ignorais que lorsque la poule couvait, c’était qu’il y avait un petit…

– Gérard, viens aider à accoucher la vache !

Moi qui ne savais même pas comment se faisaient les bébés…

– Tu tires.

C’est tout ce que m’a dit le fermier, alors je tire, je tire encore mais je n’y arrive pas. La vache beugle de plus en plus fort et je n’y arrive toujours pas… Mon patron se décide enfin à revenir voir.

– Pas de bol, le veau est à l’envers. Prends l’accoucheuse…
– ? …

J’apprends qu’il s’agit d’une machine en bois dotée d’un cric. J’attache une patte du veau et commence à treuiller. Tout à coup, la patte est expulsée… toute seule ! Je prends peur et me tire au plus vite ! Et pendant ce temps-là, les chiens se mettent à dévorer la patte du veau et la vache continue de saigner… J’ai de nouveau droit à une branlée et le véto vient réparer les dégâts. En fin de compte, le veau était déjà mort. Je n’y étais pour rien, mais j’avais mal au cœur de voir souffrir cette pauvre bête… Pas le temps de s’apitoyer, le fermier me commande déjà de traire la vache. Bizarre, le lait est rose ?! Mais je me dis que cela doit être normal et je vide tout le seau dans la grande cuve réfrigérée…

Le lendemain, le camion de ramassage passe et le gars vient hurler que toute sa cargaison est à jeter parce qu’elle a été mélangée avec du lait non conforme… Mon boss, vient me voir :

– Dis-moi Gérard, où l’as-tu mis le lait de la vache qui venait d’accoucher ?
– Euh ben, dans le gros bidon… Comme d’habitude, pourquoi ?…

Re-branlée et punition.

Après avoir purgé ma peine comme on dit, et beaucoup sué dans les foins, je reprends confiance. Pour me féliciter, le fermier me demande de ramener le tracteur jusqu’à la ferme, à Alise-Sainte-Reine. Le permis n’est pas obligatoire et ce n’est que du bonheur, me direz-vous ! Eh bien non. Il ne m’avait pas prévenu qu’il y avait des mouillères dans son terrain en pente. Les roues du tracteur se sont mises à glisser, puis elles ont buté et tout s’est renversé : toute la charrette de paille s’est retrouvée étalée en plein champ…

Résultat : re-branlée et nouvelles punitions.

(…/…)

Après toutes ces émotions et en seulement deux mois à la ferme, j’avais compris que je n’étais pas fait pour cela… Mais j’ai encore vécu une autre aventure, toute aussi cocasse que les précédentes dans cette ferme…

Masseur de couilles de taureau

Mon patron possédait à l’époque le plus gros taureau de la région. Il s’appelait “Coco”, ne pesait pas moins d’une tonne trois cents et faisait la fierté de la ferme. Grâce à lui, le fermier a même obtenu le premier prix au salon des agriculteurs de Bourgogne. Le bel animal appréciait énormément la compagnie des vaches du pré voisin… Un jour, le même Parisien qui venait acheter ses œufs à la ferme avait garé sa très belle auto, une Beaulieu noire flambant neuve, tout près du pré où paissait Coco. Le taureau qui a sans doute aperçu son reflet dans la belle carrosserie a cru voir-là un sérieux rival. Il a foncé et défoncé le barbelé et tout le côté droit du beau carrosse… Dans sa furie vengeresse, l’animal s’est accroché les “roubignoles” dans le fil barbelé ! Le Parisien est reparti sans s’apercevoir tout de suite des dégâts occasionnés sur un côté de son véhicule, quant à notre pauvre bête, elle était sérieusement blessée et saignait abondamment. Et devinez qui fut “désigné volontaire” pour soigner l’animal ? Bien vu, mézigue ! Après le passage du vétérinaire, mon patron m’a chargé de prendre soin des précieuses “coucougnettes” de son reproducteur… Cela consistait à lui frotter les parties avec une pommade spéciale, utilisée dans le traitement des gerçures de pis de vaches. Tous les jours, je devais donc lui frotter les couilles et j’étais le seul à pouvoir l’approcher, et même à grimper sur son dos pour me balader. Aujourd’hui, j’aurais bien trop peur pour oser m’approcher de ses grosses cornes et de ses boucles frisées… À 15 ans et à l’issue de ces deux mois d’été, je signais la fin de ma carrière de cultivateur, beaucoup trop prometteuse en gaffes !

(…/…)

Cela devient difficile de boucler les fins de mois et nous avons de la peine à rembourser la maison. Nos comptes sont dans le rouge. Je réalise qu’il faut que je trouve un emploi, n’importe quel emploi, même payé au Smic. Pour cela je dois ravaler mon orgueil et ma fierté d’avoir obtenu ces diplômes tant convoités qui sont devenus plus discriminants qu’autre chose, un comble ! Il vaut mieux être smicard qu’ingénieur en fin de droit… J’oublie mes principes d’honnêteté absolue et décide de faire l’impasse sur mes diplômes et responsabilités exercées. Honteux jusqu’à maintenant, je n’ai plus le choix et m’adresse à cette agence d’intérim que j’ai bien connue, avec un CV “allégé”. Quand j’étais chef d’atelier à Voiron, je passais régulièrement par cette agence de Rives-sur-Fure pour embaucher des ouvrières (jusqu’à 93 !) lors de grosses commandes en décolletage. Les femmes sont souvent plus habiles que les hommes et ne rechignent pas à la tâche… Je connais bien le directeur devenu un ami et il m’accueille avec un grand sourire…

– Bonjour, Gérard ! Alors, il te faut combien d’ouvrières cette fois ?
– Ah, non, je n’embauche plus… C’est moi qui cherche du travail.
– Déconnes pas ! Il me répond.
– Je ne plaisante pas, c’est très sérieux au contraire et même vital, je suis dans la merde…
– Mais Gérard, je n’ai rien pour toi… Aucune demande, ni pour des ingénieurs, ni pour des techniciens, rien de rien…
– Je ne partirai pas d’ici sans un job ! Tu me dois bien ça, d’autant que je suis prêt à accepter n’importe quoi. C’est bien simple, le prochain coup de fil, c’est pour moi !

J’ai à peine prononcé ces mots que le téléphone sonne. J’attrape le combiné au vol et réponds à la place du directeur, bouche-bée.

– Avez-vous une femme de ménage de libre ?
– Et un homme de ménage, ça vous irait ?
– Pourquoi pas s’il manie bien le balai…
– OK, c’est pour quand ?
– Le plus tôt possible.
– Et maintenant, ça irait ?
– Sûr que oui !

Me voilà parti, satisfait. Une embrouille de première m’attend pourtant encore au tournant. Sur place, je tombe sur un gars qui me tend un balai de 1,50 mètre et me demande d’ôter toutes les toiles d’araignées de l’atelier dont le plafond se trouve à plus de 4 mètres de haut ! Un grand patron doit venir en visite le lendemain et il veut que ce soit propre… Je soulève le balai à la hauteur de ses yeux et lui demande comment je suis sensé m’y prendre avec un tel matériel ?

– Démerde-toi.

Ça, j’ai l’habitude… L’atelier est vide, les mécaniciens tourneurs ont terminé leur journée, mais leur matériel est là. En tant qu’ancien professeur de tournage parallèle, je n’ai pas de mal à me fabriquer une canne télescopique comme une canne à pêche, en faisant bien attention que personne ne surprenne le “manard” à l’œuvre… Une heure après, le “chefaillon” revient et constate qu’il n’y a plus aucune toile d’araignée…

– Comment as-tu fait ? Il me demande…
– Je me suis démerdé, comme vous l’avez demandé ! (Et pan, dans les dents !)
– Bon, tu reviens demain pour balayer les allées.

Croyez-le ou non, j’étais heureux d’avoir enfin du travail. Moi qui ne fais pas le ménage à la maison, je vais devenir un pro du maniement de balai ! C’est ma femme qui sera surprise… Le lendemain, comme convenu, je me pointe comme une fleur et c’est là que je remarque que le chef d’atelier fume comme un pompier, mais le pire c’est qu’il jette tous ses mégots par terre, dans les allées. Il aperçoit mon air dégoûté, mais ne se démonte pas pour autant :

– Ramasse !

Vous commencez à me connaître et vous imaginez bien que j’ai une terrible envie de lui coller un coup de manche à balai à travers la tronche… Mais encore une fois, une force, mon pote là-haut sûrement, m’a retenu. J’étais dégoûté, écœuré qu’une ordure pareille puisse exister. Il me traite comme une merde, il mérite une branlée. Je la lui infligerai… mais pas par la force ! Une idée s’insinue dans ma cervelle tandis que je ramasse le mégot et le fourre dans la poche de mon bleu de travail.

Balayeur intérimaire le mieux payé de France

Le soir même, je rends visite à un pote qui a moins de souci d’argent que moi et lui emprunte de quoi acheter une cartouche de cigarettes. Il sait que je suis réglo et me prête le fric sans sourciller. Comme j’ai gardé le mégot dans ma poche, je sais exactement quelle est la marque de cigarette préférée du petit chef et lui achète donc une cartouche entière de son péché mignon. Dès mon arrivée au boulot, le lendemain, je lui tends la cartouche…

– C’est quoi ça ? Me rétorque-t-il, l’air abruti…
– Tu fumes bien cette marque ?
– Oui et alors ?
– Eh bien, cela me fait plaisir de te les offrir ! Comme ça tu continueras à jeter les mégots par terre et moi, à balayer !

Deux jours après, j’arrive avec mon fameux balai prêt à l’emploi et là, crotte ! Pas un mégot ne traîne sur le sol… Mon chefaillon avait installé un grand et beau cendrier sur pied. Je me suis retrouvé un peu couillon, j’ai continué à balayer les papiers et copeaux d’usinage divers qui traînaient autour des machines. Trois jours après, un gus en costume me demande si je suis bien M. Colin, l’intérimaire ? Oui.

– Le big boss veut te voir.

Merde, qu’ai-je donc encore fait ? Je vais voir le directeur technique.

– Non, c’est le big boss qui veut te voir, pas moi.

Je me rends dans le bureau du DRH (directeur des ressources humaines).

– Non, M. Colin, ce n’est pas moi, mais le grand patron qui veut vous voir.

Mince alors, je pousse la porte du bureau du dessus, celle du Pdg.

– Non, Monsieur, c’est le président du directoire qui souhaite vous rencontrer…
– ??? Ah bon, le bureau tout en haut ?
– C’est bien ça…

Bon, eh bien allons-y. Je monte encore un étage, entre dans son bureau et me présente…

– Monsieur Colin, vous êtes fort, me dit-il.
– Oui, 95 kg.
– Non, vous êtes fort !
– Pourquoi ?
– Cela fait six ans que je demande au chef d’atelier de ne pas jeter ses mégots dans les allées de l’usine et vous, en quinze jours, vous lui faites amener un cendrier ! Expliquez-moi.
– C’est tout simple, je lui ai offert une cartouche.
– Je ne comprends pas…
– Vous êtes patron pourtant, c’est logique.
– Voulez-vous un café ? Me demande-t-il.
– Oh, oui, mais j’ai du boulot…
– Vous êtes avec moi allons, il n’y a aucun problème… Alors, c’est quoi votre truc?
– C’est tout simple, je vous dis ! Plus il jette ses mégots par terre et plus vous avez besoin d’un balayeur. Il crée mon emploi et comme ça, ma mission d’intérim durera plus longtemps…
– Vous êtes trop fort, celle-là est bien bonne !

Et il se met à rire, tellement fort, que les directeurs adjoints de l’étage nous ont rejoints pour participer à la rigolade. J’avais mouché le chef d’atelier et sans moufter. Cette histoire a bien vite fait le tour de l’usine. Je suis resté “tranquilos” à balayer pendant environ un mois. À chaque fois que je croisais le big boss, il me saluait en souriant. À la fin de mon contrat temporaire, je me suis rendu à l’agence d’intérim pour récupérer mon dû. De retour à la maison, au moment de rassembler les papiers pour aller à la banque, je me suis aperçu qu’il ne s’agissait pas de ma paye, qu’il y avait eu une erreur… Je suis donc retourné à l’agence, un peu énervé parce qu’il fallait vraiment que je dépose rapidement de l’argent sur mon compte…

– Il y a erreur ! Je voudrais ma paye…
– Mais non, Gérard. Tu as tellement fait marrer le président qu’il t’a fait bénéficier d’une prime exceptionnelle ! En revanche, pas un mot là-dessus, cela doit rester confidentiel !

C’était effectivement une prime exceptionnelle puisque j’ai dû toucher ce mois-là l’équivalent du salaire de chef d’atelier… Mon pote là-haut, mon ange gardien, a encore retenu à temps ma colère et m’a bien conseillé… J’ai évité de faire une connerie et puis mon banquier a été plus compréhensif après cela. Il s’est même bien marré :

– Tu sais que tu dois être le technicien de surface le mieux payé de France !

Et il m’a accordé un droit de découvert plus conséquent… Me revoilà sur le marché du travail, mais avec un poids en moins et plus décontracté…

Il m’a attrapé si vite…

Il m’a attrapé si vite que je n’ai pas pu m’en sortir. Pas eu le temps de réagir. Il referme la porte d’une main et de l’autre me saisit à la gorge. Dans la précipitation, j’aperçois Élena. Elle est là, debout dans l’encadrement de la porte du couloir. Elle nous regarde. Je réussis à lui crier : « Va-t’en ! Retourne dans ta chambre ! » Juste avant de manquer d’oxygène.

Mes pieds ne touchent plus le sol. Marcel me tient à bout de bras, contre le mur, les doigts de sa main droite serrés sur ma gorge. Il me tape la tête contre la porte. Il crie, il hurle : « Je ne veux plus de toi, dégage, sors de là ! »
Je ne perds pas vraiment conscience, mais je suis dans un état second. Je me dis à ce moment précis que je vais mourir. Je me revois alors, petite fille, courant pieds nus sur une plage de sable fin… Je ne touche plus terre, j’ai mal à la tête… Tellement mal. Il finit par me lâcher. Je reste dans les vapes. Je ne comprends plus rien. J’ignore ce qu’il se passe, ce qui m’arrive.
Pourquoi se met-il dans cet état ? Pourquoi une telle violence ? Il ouvre à nouveau la porte et me jette dehors. Comme un sac sur le gravier. Il me met un coup de pied dans le ventre, il hurle, et hurle encore. Il y a un cimetière en face de la maison. Des ouvriers qui travaillent là l’interpellent.

– Hé monsieur, faut se calmer là. Tapez pas la dame comme ça !

Il les insulte. La porte de la maison est restée ouverte. Je me retrouve par terre, les genoux écorchés, les cheveux en vrac, la vision troublée. Il me vide mon sac à main sur la tête. Je me sens mal, complètement sonnée, écœurée. Le manque d’oxygène, les coups, le choc. Ce n’est pas terminé. Il m’attrape par le haut de mes vêtements au niveau du cou et me traîne littéralement sur le sol. Me jette dans ma voiture, côté conducteur. Ma tête heurte l’encadrement de la portière.
Il crie encore et toujours : « Dégage ! » Me balance les clefs de la R 5 et claque la portière. Donne de grands coups de pied dans la carrosserie… « Dégage ! Dégage ! »
Je tremble des pieds à la tête, je mets un bon moment avant de réussir à glisser la clef dans le contact. Je démarre enfin. Déboussolée, secouée de spasmes, j’accroche le portail au passage et cabosse la voiture. Je roule. Roule sans savoir comment. J’ai conscience que je conduis dix kilomètres plus loin quand j’entends une voix dans la voiture.

« Maman, j’ai emmené le chat parce que j’avais peur que papa il le tue… »